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Faire l'amour en conscience

Anne et Jean-François Descombes

Interview de Anne et Jean-François Descombes

Cela fait cinq ans qu’Anne et Jean-François Descombes animent en français le séminaire pour couples THE MAKING LOVE RETREAT® créé par Diana et Michael Richardson. L’occasion d’échanger avec eux sur leur expérience.

D’abord, pour avoir une idée de l’échelle de votre parcours d’animateurs : en 5 ans, combien de couples accueillis?

A : Nous proposons la retraite "Faire l'amour en conscience" 5 à 6 fois par an et nous avons accompagné plus de 150 couples dans ce processus de transformation de leur sexualité.

Si on pouvait réduire l’apport de Diana Richardson à un grand principe, quel serait-il ?

JF : Diana Richardson propose une vision totalement nouvelle de la sexualité, « un changement complet de paradigme », comme disait un participant. Si on veut réduire son approche à un grand principe, je dirais qu’il s’agit de développer plus de présence à soi-même dans la relation sexuelle. La plupart du temps, quand nous faisons l’amour, notre attention est tournée vers l’autre, on essaye de savoir ce qui se passe pour lui ou elle, on essaye de lui faire plaisir. Ramener son attention en soi-même, à l’écoute des sensations de son corps, faire confiance à ce qu’on ressent - plus qu’à ce qu’on imagine ou pense - est pour beaucoup de personnes une révolution.

A : Dans l’approche conventionnelle, on fait l’amour plus avec notre tête qu’avec notre corps. On a une idée de ce qu’on veut obtenir, le plus souvent l’orgasme, et on l’impose à notre corps, on le pousse, on le met sous pression pour atteindre notre but. Quand on commence à écouter notre corps, qu’est-ce qu’il aimerait là tout de suite, dans cet instant ? à respecter son rythme, à lui faire confiance, comme il est, ça va ! à se laisser guider par nos sensations, cela amène un changement radical dans notre façon de faire l’amour.

JF : Les corps savent faire l’amour, mais on les laisse rarement faire, notre tête reste aux commandes. L’approche de Diana Richardson permet de se libérer de son conditionnement pour accéder à notre nature profonde, là où le corps sait.

A : Un des volets importants de ce stage, ce sont les moments dans la salle de groupe où par des exercices et méditations guidées, nous invitons les participants à ressentir leur corps de l’intérieur. Au fil de la semaine, chacun développe sa sensibilité corporelle, en commençant par ce qui est facile à ressentir pour s’ouvrir à un niveau plus subtil présent dans notre espace intérieur.
JF : Un jour, une femme qui avait plus de 50 ans, nous a dit : Pour la première fois, j’ai l’impression de vivre réellement dans mon corps.

Qu’est-ce que cette retraite peut apporter ?

A : Cette retraite est l’occasion d’explorer sa propre sexualité, en se libérant des idées reçues et conditionnements dont nous sommes imprégnés. Liberté qui vaut aussi vis-à-vis de nos propositions : même si nous partageons chaque jour un aspect de l’approche de Diana Richardson, nous aimons dire : ce qui est vrai, ce n’est pas ce que nous disons, mais ce que vous découvrez par vous-mêmes en faisant l’amour.

JF : Et les découvertes sont multiples, comme le témoignage de cet homme de 60 ans : Ça fait 25 ans que j’enseigne la méditation, la méditation influence tous les domaines de ma vie, mais la sexualité restait un domaine à part. Et lors de cette semaine, j’ai découvert que ma sexualité aussi, pouvait être méditative.

A : Ou de cet homme dans la quarantaine, qui résumait ses découvertes de façon lapidaire : J’ai appris à faire l’amour, avant j’étais dans la baise.

JF : Très souvent, nous entendons : cela a apporté tellement plus de douceur, de tendresse entre nous, dans la rencontre sexuelle mais aussi dans la vie quotidienne.

A : Pour certains couples, la sexualité est devenue un sujet de conflit. Alors ils évitent de faire l’amour, et même évitent d’en parler par peur que cela finisse en dispute, fermeture, paroles blessantes, etc. C’est devenu un sujet trop explosif… les non-dits s’accumulent et cela peut durer des années, avant que l’un des deux ou les deux décident de sortir de cette zone d’évitement. La retraite leur donne des clés pour aborder la sexualité plus sereinement. Ils ont du temps, et c’est un aspect que beaucoup de participants soulignent, le bonheur d’avoir le temps, pour explorer dans un climat de confiance ce qui se passe réellement entre eux.

JF : Cette façon plus détendue d’aborder l’acte sexuel amène une transformation profonde chez l’individu et dans le couple. J’aime dire que c’est une sexualité qui nourrit l’amour.

Qui sont les couples qui participent à votre séminaire ? Quelle tranche d’âge ?

A : La majorité des couples de participants ont entre 35 et 65 ans.

JF : Mais nous avons eu des jeunes dans la vingtaine et aussi un participant de 81 ans.

Quelles catégories socio-professionnelles ?

JF : Comme le séminaire dure sept jours, il représente un investissement conséquent pour le couple, la plupart des participants sont des personnes qui ont un certain niveau de vie. Disons qu’ils appartiennent à la classe moyenne.

A : Mais pas toujours, il y a des couples, souvent jeunes, qui sont très motivés mais n’ont pas les moyens financiers. Alors, nous cherchons ensemble un arrangement pour que l’argent ne soit pas un obstacle à leur participation.

JF : La majorité des participants sont impliqués dans la relation d’aide et la santé, thérapeutes psychocorporels, enseignants de yoga, Tai-Chi, médecins, infirmiers, psychologues, éducateurs, coach… Mais de nombreuses personnes œuvrent dans de tout autres domaines : finance, hôtellerie, ingénieurs, agriculture, environnement, architecture, cinéma, etc. Sans oublier les retraités qui souhaitent profiter de cette période de leur vie, théoriquement moins chargée, pour prendre soin de leur couple.

Quelles situations familiales ?

JF : Il y a de tout, des couples qui sont ensemble depuis trente ou quarante ans, d’autres depuis un an ou deux ! Pour la plupart, ils vivent ensemble au quotidien, mais pas tous. Un nombre assez important de couples ont des enfants qui vivent à la maison, s’inscrire à la retraite leur demande pas mal d’organisation. Mais les retours que nous avons sont toujours très positifs pour les enfants. Comme cet homme qui nous a dit qu’à son retour, son fils de 4 ans s’est exclamé : oh papa, tu as grandi !

A : Aux couples qui ont des enfants encore très jeunes, parfois moins d’un an, nous conseillons de louer un gîte à proximité de l’Espace Rivoire et qu’une personne de leur entourage (grand-mère, marraine, amis…) vienne en prendre soin. Cela permet aux parents de passer un moment avec leur(s) enfant(s) lors des moments de pause. Ça fonctionne très bien et tous les couples qui se sont organisés ainsi en étaient ravis.

Des personnes engagées dans une démarche de développement personnel ?

A : La plupart des participants ont fait du développement personnel, même, pour certains, on a l’impression qu’ils ont tout fait. Mais il y a aussi des participants qui n’ont aucune expérience dans ce domaine.

JF : Souvent c’est l’homme qui n’a jamais fait de développement personnel et elle, qui commence à s’y intéresser, qui l’emmène.

A Et ce qui est intéressant, c’est que la retraite est conçue de telle façon que chacun puisse faire son propre cheminement, ses propres découvertes que l’on ait 30 ans de développement personnel derrière soi ou qu’on soit novice.

JF On a même des participants qui à la fin nous disent : intéressant ce développement personnel, je vais continuer !

Est-ce qu’il y a une différence d’attitude entre les hommes et les femmes ?

A : Le plus souvent ce sont les femmes qui sont motrices pour faire ce stage, c’est elles qui souhaitent que leur sexualité change. Mais il arrive, parce qu’il ressent que la sexualité du couple stagne, que ce soit l’homme qui propose la retraite à sa femme.

JF : Souvent au début de la retraite, les hommes sont un peu sur la réserve…

Les hommes sont plus pudiques…

JF : C’est peut-être de la pudeur, mais surtout nous avons peur… peur que nos performances sexuelles soient remises en question. Dans la retraite, on remet en cause certaines idées toutes faites, on s’interroge sur le schéma conventionnel et pour certains, au début c’est assez déstabilisant… après, ils se régalent !

A : Je me souviens d’un charpentier qui n’avait jamais fait de développement personnel, il était assez tendu au début, et après quelques jours, il a dit : de toute façon, on ne peut plus faire l’amour comme on le faisait avant, parce que maintenant, il y a la conscience. Il avait capté l’essentiel !

Qu’est-ce qui a changé avec le temps dans votre façon de transmettre la retraite ?

A: Personnellement, j’ai pris confiance et je suis plus détendue. Je prends vraiment plaisir à voir les couples se transformer et j’aime entendre chacun partager ses découvertes avec ses mots, sa couleur. Ça m’émerveille de voir chacun apporter sa petite pierre - et parfois ce sont des pépites - à l’émergence d’une nouvelle sexualité, plus respectueuse et plus équilibrée entre le masculin et le féminin.

Par rapport à la retraite donnée par Diana et Michael Richardson, qu’est-ce qui diffère ?

JF : Nous donnons la retraite avec ce que nous sommes et nous sommes différents de Diana et Michael. Mais pour ce qui est du déroulement de la semaine et du contenu, nous sommes vraiment très proches.

A : Je dirais qu’il y a plus d’échanges avec les participants, c’est plus interactif parce que nos groupes sont plus petits, nous limitons à dix couples et eux à vingt-cinq.

JF : Aussi, nous avons été participants et nous avons eu nos crises, nous savons comment ça se passe de l’intérieur.

A : Nous avons fait nos erreurs, il y a des éléments qu’au début nous avions mal compris, déformés. Quand nous mettons les participants en garde contre ce genre d’incompréhensions… c’est du vécu !

centre

Espace Rivoire

Et pour finir, quelques mots sur le lieu où vous donnez la retraite…

JF : L’Espace Rivoire est un endroit très agréable situé en pleine nature. Chaque couple y a sa chambre avec sa salle de bain.

A : L’accueil y est vraiment chaleureux. La nourriture est végétarienne et délicieuse. L’été, on peut manger dans le jardin ou sur une terrasse.

JF : On peut aller marcher dans la forêt ou la campagne. C’est l’endroit idéal pour se mettre au vert et prendre une pause en couple.

Que pourriez-vous conseiller aux personnes francophones qui voudraient en savoir plus sur votre approche avant de se décider ou non à participer à une de vos retraites ?

A : Outre les traductions des livres de Diana Richardson, notre ouvrage Le Slow sex, s’aimer en pleine conscience, paru chez Marabout en 2017, présente de façon globale mais assez approfondie notre approche de la sexualité.

Site web : www.amourenconscience.ch